Impératrice

Le Bateleur à l'as de bâton

Le tricheur à l’as de carreau

ou pourquoi pas le Bateleur à l’as de bâton !

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Ce chef d’œuvre de Georges de La Tour datant de 1635 est une scène allégorique où chaque personnage joue un rôle qui s’apparente aux arcanes du Tarot.

Le tricheur, celui qui fait un tour de passe-passe avec ses cartes, nous rappelle évidemment le Bateleur, jeune homme fringant flirtant entre l’habileté et la filouterie. La table est son terrain de jeu, c’est la même que sur la lame du Tarot. On nous parle donc du jeu de la vie, comment on use de stratégie pour tirer parti du théâtre social.

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7342-l.jpgAu centre se trouve une belle Impératrice,

notez: toutes les 2 portent à l'identique un collier,

symbole de l'enchaînement déductif des idées,

elle occupe une place centrale,

elle fait office de transition au cours d’un passage initiatique.

Elle expose une action à faire. Elle regarde une jeune femme qui verse du vin dans un verre (ou une coupe). Ca ne vous rappelle rien ? Tempérance bien-sûr !  Tout comme l’arcane 14 qui verse un liquide d’une cruche à l’autre, est évoqué ici le dialogue interne entre les deux polarités, yin et yang, émotionnel et rationnel, inconscient et conscient. C’est de cette manière que l’Impératrice pourra contrer les manœuvres pernicieuses du Bateleur, prestidigitateur malicieux.

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carte-blanche.jpgLe revers de sa carte est de couleur blanche, on indique qu’elle a carte blanche : elle a tout pouvoir d’action. Les deniers à côté, symbole du monde physique et matériel, confirme une réalisation dans la matière. L’Impératrice dans le Tarot représente le passage des idées dans la matière.

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Le fameux as de carreau donnant le titre à la toile est la version révisée du bâton. Sachez que les cartes à jouer (avec trèfle, pic, carreau et cœur) se situent en droite ligne des arcanes mineurs (denier, épée, bâton et coupe). L’Eglise ayant censuré le Tarot de Marseille, pour ultime trace, il reste le Mat devenu le joker dans les jeux de cartes modernisés.

Mais revenons à notre Bateleur, tenant un bâton dans sa main dans le tarot, c’est dire s’il mise sur sa capacité à entreprendre, son énergie dynamique, tout comme le jeune homme qui se réserve l’as de bâton, il mise sur des actions tangibles et visibles. Observez bien le tableau de De La Tour, une ombre se projette sur la table. C’est la sienne, cela représente son inconscient, tout ce qu’il ne veut pas ou ne peut pas voir mais qui œuvre au fond de lui. L’ombre en psychologie figure l’ego, les névroses, les mémoires émotionnelles, des illusions. Or le fait qu’il l’ignore et ne prend pas en compte l’aspect invisible de sa réalité est une forme de tricherie. C’est même l’acte de véritable tricherie avec soi-même !

Le personnage regarde le passé, car, emprunt de nostalgie, il pourrait rester au stade de potentialité. L’as c’est le « un », chiffre où tout est en germe, premier nombre qui évoque un départ, une énergie concentrée appelant la réalisation totale, un accomplissement final.

Cependant, le Bateleur, tout comme le tricheur ne le sait pas encore, il veut réussir, obtenir un succès rapide et flatteur.

8-1.jpgplume-orange.pngA droite, le personnage est coiffé d’une large plume orange. La plume, symbole de l’élément air, est à rapprocher avec l’épée. L’épée dans le Tarot représente le monde de la pensée, la sphère analytique. De couleur orange, la pensée est lumineuse. Ce personnage est de profil et fait face à la scène, mais il a un regard intérieur. Il introspecte, il rentre en lui-même pour opérer un examen lucide de la situation. On peut le mettre en lien avec l’arcane de la Justice qui tient une grande épée, mettant en avant la fonction intellectuelle, la capacité à analyser. Ce personnage représente l’aboutissement de cette scène, il est en quelque sorte ce que le tricheur doit devenir : une justice, c’est-à-dire une conscience éclairée. Son bas rouge, principe actif indique qu’il va mettre en action, pour ainsi dire en marche, ses prises de conscience.

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Archétypes Féminin/Masculin: Impératrice et Empereur

Archétypes Féminin/Masculin: Impératrice et Empereur

Principe féminin et masculin

au travers de " Vénus et Mars" par Sandro Botticelli (1483)

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Mars, dieu de la guerre, profondément assoupi, repose ici au côté de Vénus, déesse de l’amour. Son corps dénudé et endormi expose une fragilité. Il semble vulnérable, voire faible. Vénus au contraire est habillée, donc protégée. Elle porte une élégante robe blanche, symbole de pureté. A l’inverse de son compagnon, elle est bien éveillée, elle le scrute avec attention. Cette posture révèle une certaine conscience et maîtrise. Elle désigne un pouvoir féminin qui dompte la force et l’esprit combatif du dieu antique. Dans cette optique, ici, l’amour triomphe de la guerre !

Le couple du Tarot qui s’apparente à cette représentation mythologique est sans aucun doute l’Empereur et l’Impératrice. Détail significatif dans le cheminement du Tarot : la femme apparaît avant l’homme. En effet, l’Impératrice est le troisième arcane, tandis que l’Empereur le quatrième. On peut donc dire que le principe féminin précède le principe masculin. Tout comme dans ce tableau de Botticelli, si on le lit dans le sens de la lecture : la femme se situe à gauche, la place du principe passif et aussi ce qui vient du passé, et l’homme à droite, la place du principe actif, et donc ce qui se dirige vers le futur. Cette disposition ordonnancée signifie que ce qui procède du féminin, le monde de l’inconscient, introduit ce qui procède du masculin, le monde du conscient.

3.jpg4-1.jpgL’Impératrice est l’archétype de la féminité profonde, la Femme Absolue, elle est la mère des idées en germe dans le Soi. Elle évoque un bouillonnement créatif, une intelligence féconde. Tout comme le printemps, période faste où la sève monte dans les arbres, et la nature explose de couleurs ainsi que de formes variées. L’Empereur, quant à lui, est l’archétype de l’Homme Constructeur, il est le bâtisseur d’un empire. Si l’Impératrice est la visionnaire, l’Empereur, lui,  est  l’architecte. Il amène l’ordre et la structure.

Dans cette œuvre, cette victoire de la déesse sur l’esprit belliqueux, nous fait penser que le monarque a enfin fait tomber son armure. On remarque même son casque abandonné sur la tête d’un faune. Il n’en perd pourtant pas de sa force, car il est capable dans son sommeil, d’entendre le message d’un autre faune qui, au creux de son oreille, souffle dans une conque, tel un ange. On pense à la carte du Jugement. Il est le bel endormi qui perçoit des messages célestes. L’inconscient insémine des idées créatrices dans l’esprit rationnel.

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Ce tableau qui date de 1483, au fond est d’une grande modernité. Il balaye nos idées convenues et traditionnelles sur le féminin et le masculin. Il nous montre une force féminine valorisée, toute puissante, et un aspect masculin en réceptivité, passif consentant. Si on observe le couple du Tarot, l'Empereur regarde l'Impératrice avec attention: il la consulte, il s'en inspire, il puise dans la créativité féminine son pouvoir de maîtrise de la matière. Ceci nous éclaire sur le cheminement individuel de l'être. Il nous appartient de reconnaître ce mouvement qui va du féminin au masculin. Sachons faciliter nos phases de gestation, vecteur d'idées nouvelles, qui précède le temps de l'action.

Afin de soutenir ce processus intime, je vous invite à participer au prochain stage "oser être soi-même" qui aura lieu les 29 et 30 juin à Floirac, pour plus d'infos cliquez ici: Stage OSER ETRE SOI-MEME