Sophie Brarda Tarologue et Artiste
Voici un décriptage d'image issue d'un travail en atelier de tarot. L'exercice étant sans chercher à contrôler, en laissant totalement parler son ressenti, de composer un collage et montage d'images, de mots et de photos collectés dans des magasines. Cet exercice est très parlant et dévoile l'inconscient de la personne. Sans le savoir on parle de soi et ce qui est très intéressant, c'est justement ce qu'on dit de soi-même de manière détournée. Ce travail je l'ai intégré dans les ateliers de Tarot car c'est un bon moyen d'apprendre à lire une image. En effet, lire, commenter ou interpréter les arcanes du tarot, n'importe quelle version du tarot, c'est véritablement apprendre à capter la poésie et l'expression intime de l'être au-delà des conventions et des savoirs. Il existe un langage universel, des codes inconscients nourris de siècles de créations artistiques, d'une histoire collective autour de la représentation qui anime chacun d'entre nous. Que cela soit dans la peinture classique, les films, les affiches publicitaires, la communication institutionnelle, etc, à chaque fois les images possèdent une architecture visuelle et un vocabulaire pictural commun. Sont évoqués des archétypes, des représentations symboliques qui s'adressent à tout individu sur cette planète, qu'importe son milieu social, son éducation, son niveau intellectuel ou culturel. C'est un langage universel qui contourne la pensée consciente et rationnelle. C'est la poésie de l'âme humaine, c'est pourquoi lorsque l'on s'ouvre à cette lecture d'image on enrichit sa vison du tarot et on touche à une vérité qui va au-delà d'une vision intellectuelle et scolaire des arcanes majeurs.
Voici ce qu'une élève du tarot a produit il y a deux ans. A savoir que le premier photo-montage représentait son passé à ce moment là de sa vie, le deuxième son présent de l'époque en question et le troisième son devenir.

Au départ dans son enfance, Elle est une enfant de bois, un être muselé, gelé dans son expressivité, raide et ligoté, c'est une petite fille qui ne peux pas parlé, ni s'amuser, ni exprimer ses envies. Un coeur morcellé au milieu de personnes ou chacun joue son rôle.

Au moment où elle démarre l'apprentissage du tarot et les ateliers en développement personnel, elle vit les choses dans la dualité, c'est un conflit en elle, une femme en noir à gauche s'oppose à une femme en blanc à droite. Cette femme en noir assise sur un banc jette un coup d'oeil en arrière, c'est elle-même qui est en plein processus de deuil. Tout ce qui est à gauche dans une lecture d'image évoque le passé et inversement à droite, c'est le futur. Donc, cette jeune femme fait le deuil sur son noeud de l'enfance, elle a une vision obstruée, les lunettes noires teintent sa perception de son passé, on pense aux voiles de la Papesse. Elle aussi est comme cet arcane en gestation de quelque chose, mais c'est douloureux et soulève de la confusion. On voit qu'elle a des projections, des croyances qui demandent à être mises au jour. Elle doit soulever les voiles de ses illusions, clarifier sa pensée. La jeune mariée en blanc évoque cette notion d'une union intérieure, de plonger en soi et d'entrer en contact avec son inconscient. Mama mia! Semble-t-elle dire car ce processus l'effraie. Voir ce que l'on se cache à soi-même peut faire peur mais en même temps c'est libérateur et la blancheur signifie qu'elle fait peu neuve, page blanche, elle aspire à retrouver une certaine pureté, une vision claire et lumineuse.

Pour son 3ème photo-montage, elle laisse entrevoir son devenir, voilà ce qu'intérieurement elle attend de son travail intime et personnel en tarologie. La couleur apparaît, une large palette avec différentes strates: elle sort de sa dualité (noir/blanc) et accède à une perception plus riche et plus sophistiquée de l'existence. Le vitrail coloré fait référence à la Lune, qui tout comme la Papesse parle des illusions et des voiles inconscients. Or, quand on dépasse la projection, on atteint tout un spectre d'émotions, le bassin en pierre en tant que réceptacle fait penser à la coupe et invite à se remplir d'eau. L'eau symbolise la sphère émotionnelle. Voilà ce qu'elle dit d'elle-même: ressentir c'est être vivant et non plus de bois comme dans son enfance. Elle cherche profondément à plonger dans ses émotions. Dans ce photo-montage, il n' y a plus de personnages, c'est vide d'humains, elle veut faire le vide autour d'elle pour entrer en contact avec elle-même, mieux se connaître, toucher du doigt ses émotions, elle aspire profondément à un travail d'intériorisation. Etre seule en soi-même. N'est-ce pas ce que demande la Lune et la Papesse? Le moulin évoque la Roue de Fortune et un changement à venir dans sa vie, une mutation nécessaire afin de trouver sa force. L'olivier, élément bois, rapelle le bâton, l'instance de l'être qui est associée à l'énergie créative et sexuelle, c'est sa force de vie, sa capacité à entreprendre, elle est très enracinée. Mais elle ne le sait pas encore, l'olivier est là depuis longtemps, c'est de ce même bois qu'est fabiqué la poupée de bois de son enfance.
Voici maintenant le photo-montage qu'elle a fait récemment, deux ans plus tard....
Elle a quelque chose à dire de son passé, un aliment noir sort de sa bouche et en bas devient doré et tombe comme libéré. Un travail intérieur de conscientisation sur son passé est en train de s'accomplir. L'olivier est toujours là sous la forme d'un pied de vigne au centre, elle est donc une femme forte qui traverse les cycles de la vie de manière stable, tout en allant vers une libération. La jeune femme en blanc à droite danse et s'élève, elle est pied nu, n'est ce pas la jeune femme du Monde qui danse sur les routes du monde, dans une nudité assumée? derrière elle des barreaux évoquent une prison, un enfermement, de quoi veut-elle se libérer? la bouche à droite est rouge, un travail d'affirmation par la parole l'attend, tout comme le Monde qui demande de savoir prendre sa place dans la société, elle doit trouver sa place dans ses relations familiales (on la voit avec sa fille) et son entourage. Elle doit se positionner en tant que mère.


Etre une femme libre, nouvelle, autonome et affranchie de son passé!
Voilà quelques pistes pour une lecture d'image, mais il y aurait beaucoup à dire encore. Pour ceux qui veulent poursuivre ce genre d'exercice, je vous invite à lire un livre très inspirant, qui entraine le lecteur dans une exploration passionnante et lumineuse de l'histoire de l'art. "Comment regarder un tableau" de Fançoise Barbe-Gall aux édition du Chêne. C'est incontestable que ce livre permet d'aider les amoureux du tarot dans leur interprétation des arcanes.

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