Réhabilitons le Diable!

Depuis seulement quelques siècles le Diable est devenu un archétype maléfique, surtout du fait d’une entreprise de sape conduite par l’église catholique. Aujourd’hui, de par notre culture judéo-chrétienne, l’image du diable suscite des peurs et phobies. Quand on regarde cette carte, immanquablement elle va produire un malaise chez le consultant. Alors qu’au fond, cette image représente une force de la nature et est reliée à un principe puissant dans l’inconscient collectif. Il est même certain que le concept du diable avec son aspect démoniaque soit un concept récent dans nos représentations occidentales.

Une première représentation du Diable apparaît à Ravenne en Italie au VIe siècle. Sur cette fresque murale on le voit à gauche du Christ sous les traits d'un beau jeune homme. Il est un ange bleu assis à la droite de Dieu au même titre que l’autre ange rouge celui-là (comme quoi le rouge à cette époque est du côté du Bien!)

Diable ravenne

Diable angle bleu raven

Il semble que son aspect maléfique ne soit pas encore de mise. Le seul détail qui l’associe au mal est la brebis galleuse qui se trouve devant lui.

Avant le VIe siècle il n’existe réellement aucune représentation du diable, encore moins négative. Au début du christianisme dans les textes originels, il n’est nulle mention spécifique d'un être maléfique. On ne trouve pas de représentation anthropomorphique du démon au début du moyen âge. C’est un concept abstrait et il ne constitue pas un personnage à part entière qui revêtirait un caractère pernicieux et sulfureux.

En fait, la figure de Satan en tant qu’ange déchu dérive d’une interprétation d’un verset d’Isaïe. Il porte même le nom de Lucifer qui signifie en latin lux : lumière et fer : porteur. Le diable en somme est le porteur de lumière ! Comme quoi, à l’origine, il n’a pas de fonction démoniaque. Par conséquent, lorsqu’il fut question de le représenter dans les premières églises italiennes catholiques, il n’y avait pas vraiment de description à laquelle se référer. Il est même à noter que le diable se trouve être un ange parmi les autres, associé au début à la couleur bleue, couleur de la nuit, du mystère; et non le rouge comme il le sera plus tard, rouge devenue couleur de la luxure et du vice au fil du temps.

A Torcello, au XIe siècle, dans la Basilique Santa Maria Assomption, une mosaïque va le représenter sous une forme subtile et ambigüe. C’est un ogre bleu avec 2 serpents à son trône. Il ne montre pas une expression trop inquiétante:

Diable torcello

Dans la vision de Satan antérieure à l’ère médiévale, le diable fait parti du plan céleste, il est dans le camp de Dieu. Il n’est donc pas positionné comme un rebus en marge du divin. Il est considéré comme un bureaucrate, un exécutant de Dieu. Par conséquent, il n’est pas encore associé à un sentiment de honte et de vilénie.

Il y a un renversement de ce phénomène vers le XIe siècle, car on diabolise la fonction du malin. Au début du christianisme, il subsistait encore des Dieux païens, il n’y avait pas de frontière entre la pratique chrétienne et les autres déités antérieures. Les gens font appel au Christ et continuent pour autant leurs rituels associés à des fêtes païennes. Tout cela est très poreux. Il y a une tradition de Beth qui date de 1000 ans avant JC qui perdure. C’est un démon protecteur qui protégeait du mal et remplissait donc une fonction utile. Des amulettes de Beth se propageaient dans tout l’occident. Il y a aussi un satyre grec issu de l’influence gréco-romaine, mi-homme, mi chèvre qui symbolise la joie de vivre. Il s’amalgame à une figure celtique déjà préexistante qu’est Cernunnos, c’est un dieu de la fertilité, ce qui explique qu’il porte des attributs phalliques. Voyez la ressemblance de Cernunnos et du Dieu Pan avec notre diable du Tarot:

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Cernunnos

Statue de pan

Ceci pour dire, qu’au moment où s’implante le christianisme en occident, voici venir un temps où la mort s’abat sur le continent. De grandes épidémies ravagent les populations. C’est une époque instable. Dans ces conditions, la peste semble l’œuvre du Diable. Le mal est omniprésent dans l’esprit des théologiens du monde médiéval. Le Dieu Pan va donc servir de modèle idéal dans une campagne de propagande. Initié par les théologiens catholiques ceci a pour objectif de détourner les gens de leurs pratiques païennes et aussi de donner du sens à cette époque trouble où la mort s’abat sans raison apparente. Les dieux païens sont donc associés à des démons. C’est à ce moment là que l’on remarque un changement dans la représentation du Diable (notez les cornes rouges ci-dessous et l'aspect rebuttant du Diable sur le fronton de l'abbaye de Conques). 

Diable conques gp

Diable et ses demons

L'artiste Signorelli va ensuite moderniser et humaniser la représentation du Diable. Or, il faut savoir que ceci illustre le fait qu’à ce moment là l’homme est au centre du mal. Le Diable n’est donc plus quelque chose d’extérieur à l’humain, une entité supérieure,  mais bien un aspect de l’homme. Il désigne le côté sombre de la nature humaine.

Diable signorelli

La carte du Diable a pour fonction de nous avertir du pouvoir destructeur de notre ombre. Cette lame désigne dans notre inconscient, la part obscure de notre psychisme. N’y voyez donc rien de maléfique. A partir du moment où on entreprend le travail des profondeurs, il n’y a plus ni bien ni mal.

Tout comme cette idée que le Diable au départ était un élément au même titre que les autres du panthéon christique, au fond, il était un opérateur dénué d'intentions perverses. Associé au Dieu Pan, terme à l’origine du mot panthéisme, on y évoque une vision du monde ou le divin réside dans le grand tout. Pas de séparabilité entre le Bien et le Mal, ce qui induit un certain manichéisme et ouvre la porte à la culpabilité.

J’aime beaucoup cette représentation ci-dessous du Diable dans la Chute des Anges du Duc de Berry. Non connoté de perfidie, il est juste un ange déchu qui tombe dans le côté obscur tout en bas de l’image. On voit ici une lente descente découpée en plusieurs séquences. La chute de l’ange est une parabole sur notre condition humaine. Nous tous avons le risque de chuter en nous éloignant du divin qui réside en nous. En nous séparant de la lumière, c'est-à-dire le Soi, lieu de la conscience dégagée des névroses, et bien nous chutons. Le mot diable d’ailleurs dans son étymologie provient du mot division. Etre divisé en soi-même, c’est donné du pouvoir à l’ombre, c'est-à-dire au mal.

Chute ange berry

tarologie archétype symbolique le Diable

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